114                Les Spectacles de la Foire.
MAURICE (Moritz vom der BEEK, dit), né vers 1649, fut l'un des plus habiles sauteurs et danseurs de corde de son temps; élève de Charles Alard, il fut.acteur dans son jeu et avait un rôle dans la pièce intitulée : les Forces de l'amour et de la magie, qui y fut représentée à la foire Saint-Germain de 1678. Dix ans plus tard, à la même foire, Maurice, en compagnie de Jeanne Godefroy qu'il avait épousée le 8 septembre 1672, diri­geait une troupe de saltimbanques formée par lui et se conciliait, parait-il, par sa merveilleuse agilité, les suffrages du public. Une mort prématurée interrompit en 1694 une carrière qui promettait d'être brillante. Jeanne Godefroy, devenue veuve, n'abandonna pas la profession de son mari et continua d'ouvrir un spectacle aux foires. Elle s'associa en 1700 à Charles Alard, avec lequel elle exploita une entreprise théâtrale jusqu'à la fin de la foire Saint-Laurent de 1706. De 1707 à 1709, la veuve Maurice dirigea seule son jeu, el à la fin de cette dernière année, elle vendit son maté­riel et ses baux à Levesque de Bellegarde et à Desguerrois, et: renonça complétement au théâtre. Il est à croire que cette vente n'était que simulée et destinée seulement à permettre à sa fille Catherine von der Beek, mariée au comédien Étienne Baron, de reprendre la suite de ses affaires sans être inquiétée par les nom­breux créanciers de son mari j car le jeu de Levesque de Belle­garde et dé Desguerrois fut tenu, pendant toute l'année 1710, par Guillaume Rauly, cousin de la veuve Maurice, et la troupe de Dominique, qui y donnait des représentations, était aux gages de la dame Baron. Pendant la période qui s'étend de 1706 à 1709 et pendant laquelle les directeurs de spectacles forains furent si vi­vement poursuivis par la Comédie-Française, la veuve Maurice fut relativement peu inquiétée. Elle dut sans doute cette tolérance à des arrangements particuliers avec l'Académie royale de musique et à ses relations personnelles, car, quoique directrice foraine, elle avait contracté un second mariage avec un gentilhomme, Maxi-milien-Charles de Martinengue, écuyer, qu'elle avait sauvé à une époque où il était sous le coup de poursuites criminelles pour un